samedi 12 avril 2008

UE-OTAN : La défense européenne après Bucarest.

Cette année, le sommet de l’OTAN s’est déroulé en Roumanie, du 2 au 4 avril. Hormis les négociations d’adhésion qui ont finalement abouti à l’intégration de la Croatie et de l’Albanie et au rejet de la candidature de la Géorgie et de l’Ukraine, ce devait être un moment de politique internationale majeur. Au lendemain des déclarations du président Sarkozy relatives, d’une part, à la réintégration des structures intégrées de commandement de l’Alliance Atlantique Nord par la France et, d’autre part, au destin imbriqué de l’OTAN et de l’UE, nous nous attendions a des annonces révolutionnaires… mais « révolutionnaire » ne fait pas partie du vocabulaire international.

Un sommet faussement européen

Depuis les discours de l’ambassadrice américaine auprès de l’Alliance Atlantique Nord, Victoria Nuland, prononcés les 22 et 25 février à Paris et à la London School of Economics, jamais les représentants américains n’avaient considéré l’Europe de la défense comme un sujet suffisamment sérieux pour être traité internationalement. L’ambassadrice le reconnaissait elle-même à Londres : « Vous jugerez cela étrange, voire suspect – qu’une ambassadrice américaine auprès de l’OTAN se trouve ici face à vous et vous presse – vous les décideurs britanniques et internationaux du futur, à bâtir une Europe plus forte. » Et pourtant, le pas semble franchi. Enfin, on ose donner crédit à l’existence d’une autre organisation internationale capable d’assurer la sécurité des citoyens partout dans le monde …

Non ! Nous allons un peu trop loin là tout de même. Certes, l’Europe de la défense existe – difficile d’ignorer la réalité institutionnelle et opérationnelle de cette organisation avec laquelle l’OTAN a d’ailleurs scellé un partenariat stratégique en 2003. Mais de là à faire dire aux Américains que l’Union européenne peut assurer la sécurité mondiale, il y a un obstacle épistémologique infranchissable. Guère moins aventureux que son ambassadrice, le président Bush ne s’est d’ailleurs jamais risqué à parler de « European security and defense policy », si ce n’est au détour d’une anecdote.

La PESD : Une légitimité reconnue

A en juger les propos des décideurs américains, si elle n’est pas encore assez aboutie pour être considérée d’égal à égal par la puissante OTAN, la PESD a néanmoins renforcé la présence militaire Européenne partout dans le monde – pas uniquement dans les Balkans. Par conséquence, l’UE est devenue un interlocuteur politique et stratégique déterminant. Déterminant pour l’avenir même de l’Alliance qui doit impérativement redéfinir ses priorités et sa finalité au regard des nouvelles « menaces globales », déterminant aussi d’un point de vue structurel car, aujourd’hui, 21 Etats membres de l’OTAN sur 28 sont également membres de l’UE. Les Etats-Unis qui, comme chacun le sait, tiennent les rênes budgétaires et capacitaires de l’OTAN, ne peuvent légitimement plus ignorer l’effectivité d’une défense européenne à laquelle les huit dixièmes de ses membres contribuent. Ce qui conduit George Bush à dire, et c’est une première, que « La construction d’une Alliance Atlantique forte nécessite également une capacité de défense européenne forte ». Mais encore une fois, attention ! Ne faisons pas dire au Président américain ce qu’il n’a pas dit car ce dernier parle bien de renforcer la « capacité de défense européenne » et non la défense européenne en tant que telle. S’il encourage les partenaires européens à augmenter leur budget de défense, George Bush n’évoque pas le renforcement institutionnel ni politique des organes de défense européens – typiquement, l’Agence européenne de défense, le Centre d’opération, l’Etat major de l’UE pour ne citer qu’eux. Or il est louable de vouloir consolider les moyens matériels des Etat membres – et Dieu sait qu’entre la déclaration d’intention et la mise à disposition des forces et des crédits il y a un gouffre béant – mais si les dispositifs de coordination et d’opérationnalisation de ces moyens demeurent minimalistes, alors autant remplir un panier percé.

Ce qui aurait pu alors passer pour une révolution conceptuelle de la part des Etats-Unis n’est, à bien y regarder, que la énième expression de son impertinence : « A ce sommet, j’encourage nos partenaires européens à augmenter leurs investissement de défense pour soutenir à la fois les opérations de l’OTAN et de l’UE. L’Amérique croit que si les Européens investissent dans leur propre défense, ils seront également plus forts et plus à même d’agir quand nous nous déployons ensemble. »Autrement dit, pas question pour la PESD de jouer les free rider. On ne vous incite à vous développer que si ça peut aussi nous profiter.

Une défense européenne autonome … mais pas indépendante.

Quant au président Sarkozy, les propos qu’il a tenu à Bucarest sont dans la continuité de ce qu’il répète depuis sont discours aux ambassadeurs du 27 août dernier « Ce sommet est extrêmement important. Il permet de conforter l’Alliance et de renforcer l’Europe de la défense. […] Je voudrais remercier le Président Bush pour ce qu’il a dit. Nous avons besoin de l’OTAN et d’une défense européenne. Nous avons besoin des Etats-Unis et les Etats-Unis ont besoin d’alliés forts. » Cette dernière phrase est éloquente : les deux institutions sont inextricablement liées. Alors quand même si le président français répète vouloir une Europe « autonome » et « plus forte », il admet aussi qu’elle reste à la solde des Américains. Les Etats-Unis tiennent les manettes de l’économie de défense si bien qu’il devient outrageant de parler « parapluie otanien » – le terme de « perfusion capacitaire » conviendrait mieux.

Il est donc très louable de prôner une Europe autonome, mais tant que les intérêts de défense des Etats européens resteront déterminés par les accords économiques et industriels passés avec les Etats-Unis, il n’y aura jamais de réelle indépendance. Et s’il n’y a pas d’autodétermination de l’économie de défense européenne, alors la PESD restera toujours l’objet d’une main invisible nommée OTAN.



You will think this is strange, a little suspicious -- to have the U.S. Ambassador to NATO, standing here, urging you – the British and international leaders of the future to build a stronger EU. So why am I doing it?

Building a strong NATO Alliance also requires a strong European defense capacity. So at this summit, I will encourage our European partners to increase their defense investments to support both NATO and EU operations. America believes if Europeans invest in their own defense, they will also be stronger and more capable when we deploy together.

mardi 25 mars 2008

Chirac était-il un Européen convaincu?

Au moment où Nicolas Sarkozy connaît l’un des soufflets les plus mémorables de l’histoire politique française – sa dégringolade dans les sondages a été aussi rapide que sa montée en puissance – les dinosaures effectuent leur come back.

Il y a quelques semaines, en manque de bain de foule et souhaitant faire le plein de produits du terroir, Jacques Chirac – ce bon vieux Jaco – venait serrer la main des visiteurs et des exposants du salon de l’agriculture. Bien loin du mépris qu’avait essuyé l’actuel président de la république quelques jours plus tôt, à qui l’un des visiteurs reprochait d’être « salissant », Jacques Chirac s’est, au contraire, vu adressé tous les honneurs.

Cet espèce de retour vers le passé aurait pu être tout simplement amusant si la presse n’avait pas saisi le coche pour déclarer le « retour » de Chirac dans le cœur des Français, voire même dans celui des Européens…

La nostalgie Chi-chi…

Il est vrai que certains regrettent l’ancien chef de l’Etat français sur la scène internationale et que nos partenaires européens laissent parfois paraître une certaine nostalgie pour le couple Chirac-Schroëder. Certes moins passionné que celui formé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel – sorte de « je t’aime, moi non plus » parfois déroutant – le duo était plus consensuel. Les deux pontes avaient le mérite de porter l’Europe sans trop la brusquer.

Or, au moment où l’activisme sarkoziste appelle quelques craintes chez nos partenaires européens, le style plus traditionnel de son prédécesseur en vient parfois à être regretté. L’esprit européen de Jacques Chirac, s’il pouvait autrefois être taxé de minimaliste, avait au moins le mérite de la sobriété.

Sarkozy l’affirme, il est un Européen convaincu (et pour preuve : le drapeau européen jouxte toujours l’étendard français lorsqu’il prend la pause) ; Chirac, lui, n’a jamais montré autant d’enthousiasme.

Sans doute cet écart d’affichage est-il lié au contexte très particulier dans lequel se trouvent aujourd’hui l’Union européenne et a fortiori la France : un traité renégocié sur la base d’un rejet français, des référendums à suspens en Irlande et en Slovaquie, une présidence française qui aura à charge la mise en œuvre des dispositions techniques du nouveau texte. A côté de cela, un futur président de l’Union européenne qui s’agite, semant le trouble autour de l’Union pour la Méditerranée et de la PAC, s’apprêtant à engager des dépenses publiques inconcevables au regard du déséquilibre budgétaire dont nous sommes responsable à Bruxelles.

Pourquoi un tel désamour ? Analyse giscardienne.

Dans une tribune qui lui était accordée par le magazine l’Express, Valérie Giscard d’Estaing (VGE pour les intimes) minimise ce désamour que l’on qualifie également de défiance. Selon l’initiateur de la Convention sur l’Europe, pygmalion de la Constitution européenne, « imaginer que cette présidence va permettre à la France de s’emparer de l’Europe [est] un absurde contre-sens qui risque d’accentuer l’image d’arrogance des Français. »

Même s’il reste discret quant à la politique européenne de Sarkozy, l’ex UDF ne cache pas son optimisme dans un entretien accordé au Point : « Souhaitons que les 500 millions d’Européens puissent lui être reconnaissant du soin, de la modération et du savoir-faire que [la France]apportera à dégager des solutions communes auw problèmes qui entrent dans la compétence de l’Union européenne ».

Retrouvez cet article sur : www.pariscafebabel.com/fr/

lundi 24 mars 2008

Le chef du village gaulois au salon de l’agriculture

Dans la perspective d'un article que j'ai écrit et qui sera prochainement mis en ligne, je voudrais vous introduire cette excellente analyse produite par Julien de Cruz, un rédacteur de Café Babel. Association dont je fais également partie, Café Babel est est un magazine européen en ligne www.cafebabel.com .



Je vous joins également la traduction de cet article en espagnol, car il faut favoriser la multiculturalité !


Le chef du village gaulois au salon de l’agriculture

Nicolas Sarkozy commence à nous habituer à ses coups d’éclat, l’insulte proférée au salon de l’agriculture en fût une de plus. Pourtant la foire agricole de la porte de Versailles lui a aussi donné l’occasion de redéfinir selon ses termes la politique agricole commune et la politique agricole de l’Union Européenne au sein de l’OMC. Qu’en penseront Bruxelles et nos voisins européens?

Le village gaulois

On a beau dire, un président qui se bagarre c’est tout de même amusant.Le salon de l’agriculture faisait déjà parti du folklore avec Chirac flattant les vaches et goûtant les rillettes. L’édition 2008 aura plutôt rappelé l’étal du poissonnier du village gaulois, pour le divertissement de tous.

On a tort de minimiser l’impact de ce rendez-vous annuel. L’agriculture reste un secteur très important de l’économie française, abritent une large population et font partie de notre culture. Les présidents de la république l’ont tous compris et Sarkozy le citadin du Fouquet’s a également du se prêter à l’exercice difficile de charmer la France rurale. Il a tenu un discours d’environ une heure abordant les préoccupations majeures des agriculteurs. Parmi les plus pressantes d’entre elles, la politique agricole commune.

Une politique offensive

Ton fraternel mais ferme, Nicolas Sarkozy s’est fait l’avocat d’une nouvelle politique agricole commune plus “offensive” loin de “la posture pûrement défensive et conservatrice qui a trop souvent été [celle de la France]”. Ici difficile de lire entre les lignes. Le président fait référence au bilan de santé de la PAC dressé en novembre par la Commission. Une nouvelle répartition des aides accordées aux Etats membres sera sûrement au nombre des remèdes prescrits. Un facteur d'inquiétude pour les agriculteurs français; les plus importants bénéficiaires de la PAC au grand agacement de nos voisins. Nicolas Sarkozy a-t-il annoncé des diminutions des subventions inévitables ou sa volonté d’imposer ses conditions à ses partenaires européens? La question reste en suspend.

La préférence communautaire

Dans le même temps le président a ressorti du placard le fantôme de la “préférence communautaire”. Cette politique a permis à l’agriculture européenne de se développer dans les premiers temps de l’intégration européenne. Frappant de taxes les produits extra-communautaires et instaurant un système d’aide mutuelle, ce système protectionniste est devenu difficile à maintenir avec la libéralisation du commerce international. Nicolas Sarkozy a affirmé dans le même temps vouloir peser de tout son poids au sein des négociations de l’OMC pour éviter le dumping pratiqué par les pays en voie de développement et les pressions américaines.

Marcher sur des oeufs

Le ton est donc donné mais embarasse Bruxelles et nos partenaires européens. Quelques temps après le discours du président, Mariann Fischer Boel, commissaire à l’environnement s’est félicitée de l’allant du président à vouloir prendre part à la réforme de la PAC mais a ajouté “qu’aucune forme de protectionnisme” ne sera acceptable. Un enthousiasme en demi-teinte caractérise une fois de plus les relations entre Paris et Bruxelles.

Loin des projecteurs, l’UE doit accommoder sa politique commerciale extérieure à la nécessité de protéger ses agriculteurs ce qui revient à marcher sur des oeufs. Avec la finesse et la discrétion qui aura caractérisé le passage du président à la foire aux bestiaux, qui douterait un instant qu’il ne puisse mener à bien un tel exercice?

Julien de Cruz

El jefe de la aldea gala en el salón de la agricultura

Nicolas Sarkozy comienza a habituarnos a sus declaraciones sorprendentes, el insulto proferido e el salón de la agricultura fue una más. Sin embargo, la feria de la agricultura de la puerta de Versalles le ha dado la ocasión de redefinir la política agrícola común y la política agrícola de la Unión Europea en el seno de la OMC según sus propias condiciones. ¿Que pensarán Bruselas y nuestros vecinos europeos?

La aldea gala

Al parecer, un presidente que se pelea es al menos divertido. El salón de la agricultura forma parte del folclore, con Chirac halagando a las vacas y probando el paté. La edición 2008 recordará más bien al puesto del pescadero de la aldea gala, para el divertimento de todos.

Nos equivocamos al no dar la importancia debida al encuentro anual. La agricultura sigue siendo un sector muy importante de la economía francesa, forma parte de nuestra cultura y a ella se dedica una gran parte de la población. Todos los presidentes de la república lo han sabido y Sarkozy, el ciudadano de Fouquet, también ha debido prestarse al ejercicio difícil de seducir a la Francia rural. Ha dado un discurso de cerca de una hora abordando las preocupaciones mayores de los agricultores. Entre las más urgentes, la política agrícola común.

Una política ofensiva

En tono fraternal pero firme, Nicolas Sarkozy se ha convertido en el abogado de una nueva política agrícola común más “ofensiva”, lejos de “la postura puramente defensiva y conservadora que ha mantenido Francia en el pasado”. Es difícil en este caso leer entre las líneas. El presidente hace referencia al balance del estado de salud de la PAC realizado en noviembre pasado por la Comisión. Una nueva repartición de las ayudas acordadas a los estados miembros será seguramente uno de los remedios recetados. Un factor de inquietud para los agricultores franceses, los más importantes beneficiarios de la PAC para el gran disgusto de nuestros vecinos. ¿Ha anunciado Nicolas Sarkozy las inevitables disminuciones de las subvenciones o su voluntad de imponer sus condiciones a sus socios europeos? La pregunta queda sin respuesta.

La preferencia comunitaria

Al mismo tiempo el presidente ha sacado del armario al fantasma de la “preferencia comunitaria”. Esta política ha permitido el desarrollo de la agricultura europea al comienzo de la integración. Tasando los productos extracomunitarios e instaurando un sistema de ayuda mutua, este sistema proteccionista se ha vuelto difícil de mantener en un contexto de liberalización del comercio internacional. Nicolas Sarkozy afirma al mismo tiempo querer poner todo su empeño el las negociaciones de la OMC para evitar el dumping practicado por los países en desarrollo y las presiones americanas.

Caminar sobre huevos

El programa ya se ha dado de conocer pero incomoda a Bruselas y a nuestros socios europeos. Poco después del discurso del presidente, Mariann Fischer Boel, comisaria del medioambiente se ha felicitado de la voluntad del presidente por avanzar en la reforma de la PAC pero añade que “ninguna forma de proteccionismo” será aceptable. Un entusiasmo de medias tintas caracteriza una vez mas las relaciones entre Paris y Bruselas.

Fuera de escena, la UE debe acomodar su política comercial exterior a la necesidad de proteger a sus agricultores de lo que viene a ser caminar sobre huevos. Con la fineza y discreción que han caracterizado el paso del presidente por la feria del ganado, ¿quién podría dudar por un instante que no pueda llevar a cabo tal ejercicio?

Trad: Marina González Vayá

mercredi 5 mars 2008

« L’opinion publique européenne », un pur produit statistique …

Comment parler d’opinion publique européenne quand on sait que l’Europe n’est pas vraiment un sujet d’intérêt public et que la case « n’a pas d’opinion sur la question » des sondages emporte souvent un pourcentage déconcertant ?

LA référence européenne en matière de sondage, c’est bien évidemment l’Eurobaromètre.

En 1974, la Commission lançait cet outil censé donner une photographie de l’opinion publique en Europe au lendemain des premiers élargissements. Il s’agissait alors, pour l’Union européenne en construction d’évaluer l’impact des nouvelles adhésions parmi les populations des nouveaux Etats membres, et chez les fondateurs. L’Europe politique, alors balbutiante, entrait dans sa phase « d’activisme démocratique ».

Depuis, cet outil a évolué. Les questions se sont diversifiées pour s’étendre à de nouveaux domaines comme le climat, l’énergie, l’environnement, le terrorisme, etc. Ces changements révèlent, outre un déplacement des préoccupations de l’UE, un élargissement de ses compétences et le besoin d’emporter l’adhésion publique.

L’Union européenne occupe aujourd’hui une place prépondérante sur le plan législatif, éthique et politique : Instrument législatif devenu incontournable dans le domaine communautaire, elle concurrence l’ONU dans son rôle éthique en intégrant la Charte des droits de fondamentaux au Traité de Lisbonne. Aujourd’hui, faire partie de l’Union européenne représente une véritable plus-value pour les membres de la communauté internationale et les prémices d’une « fierté communautaire » se dessinent parmi les populations d’Europe.

Face à un tel décollage, « l’Europe puissance » ne s’y est pas trompée ; pour que ses institutions subsistent et pour continuer à agir en toute liberté, il fallait s’assurer l’assentiment des peuples d’Europe.

Le sondage, cette belle invention ne peut être légitimement récrié si nous le considérons comme un lien entre les institutions et les populations ; comme le témoin lumineux d’une volonté de transparence et de proximité, à l’image du médiateur européen ou du droit de pétition.

Il ne faut pourtant pas être trop angélique ; les sondages d’opinion publique nous annonçant que les Européens accordent majoritairement leur soutien et leur confiance aux institutions européennes savent faire parler les chiffres à bon escient. Sans aller jusqu’à parler d’artifice, force est de constater que, de façon générale, les sondages d’opinion sont instrumentalisés par ceux qui les orchestrent.

Dans le dernier Eurobaromètre (68) – sondage standard – la question A13 se pose en ces termes : « Tout bien considéré, estimez vous que votre pays a bénéficié/bénéficierait ou non de son appartenance à l’Union européenne ? ». Un large pourcentage des pays de la zone Europe répondent favorablement, et pour cause. Le résultat aurait-il été le même si l’on avait demandé : « Estimez-vous les bénéfices de l’adhésion à l’Union européenne suffisamment importants pour compenser les inconvénients qui y sont liés ? ».

Les sociologues sont les premiers à avoir analysé le phénomène de conditionnement et d’infléchissement des sondages. Même si les Eurobaromètres sont un bon moyen d’évaluer l’évolution de l’opinion publique européenne sur la base d’un questionnaire fixe, il n’en reste pas moins que les questions contingentées sont soigneusement choisies pour valoriser certaines initiatives. Ainsi, au lendemain de l’élargissement à la Roumanie et à la Bulgarie, pour éviter que la tendance au replis communautaire n’altèrent cette success story, la Commission détourne le débat en lançant un Eurobaromètre spécial sur « Les citoyens des nouveaux Etats membres de l’UE et l’aide au développement ». Tout l’art de tuer un débat dans l’œuf en communicant sur les initiatives moralement indiscutables et indiscutées.

La preuve par l’opinion

La grande opération de la Commission Communication et Information de l’UE pour valoriser l’Union et améliorer sa visibilité auprès des Européens – le fameux « Plan D » (Démocratie, Dialogue, Débat) – lancé en octobre 2005, a démultiplié le recours au sondage. L’UE agit comme si elle avait besoin de se prouver à elle-même qu’elle agit démocratiquement. Soulagée par les conclusions des derniers rapports montrant un soutien croissant des Européens pour l’Europe (surtout chez les jeunes) et une amélioration de l’indice de confiance, elle semble négliger le principal fondement de la gouvernance démocratique : le débat participatif. Certes, la Commission cherche à renouer le dialogue en participant à des projets comme celui d’« Ideas Factory Europe », un espace de débat généré par l’European Policy Centre, think tank européen très influent à Bruxelles. Tout ceci reste pourtant très volatile.

Si tous ces procédés donnent bonne conscience aux institutionnels et aux politiques européens, la conscience européenne des citoyens, elle, n’est pas aussi aboutie que ce que les analystes veulent bien le faire croire. Espérons seulement que c’est le coup de pied dans la fourmillère qui permettra de passer d’un modèle de communication-promotion à celui d’une communication-appropriation.

mardi 5 juin 2007

L'Europe de la défense : Le véritable second souffle du projet européen?

Force est de constater qu'une fois les premières phases de l'Europe économique achevées (marché commun, zone de libre échange puis union économique et monétaire), l'Union européenne s'est quelque peu enlisée dans sa propre machine fonctionnelle et technocratique.
Trainant les pieds pour accomplir sa phase "politique" le projet européen s'est trouvé ralenti par des queurelles de comptoire; le souci de ses partisans et de ses détracteurs se résumant à la fameuse dialectique "mais l'élargissement aux Etats de l'Est ne risque-t-il pas de freiner l'intégration", sans que jamais personne ne modifie son angle de vue pour enfin se demander "mais ne doit-on pas, à présent, considérer l'Europe comme la plateforme de projets plus ambitieux et politiquement liant ?" Or, quoi de plus liant que le désir de sécurité ?

Jean-Jacques Rousseau aurait certainement soutenu le principe d'une Europe politique et sociale fondée sur la préservation des intérêts communs. Ne mentionnait-il pas déjà dans son Contrat Social (chap.1, LivreVI) qu'il fallait "Trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-même, et reste aussi libre qu'auparavant." N'est-ce pas cela le projet européen : garantir la sécurité et les libertés de chaque individu en oeuvrant à la stabilisation de son environnement proche et lointain, et générer une grande communauté de pensée dont le centre névraligique ne serait plus uniquement l'interdépendance économique ou l'impératif démocratique, mais la cohésion sociale... ?
Or, notre pauvre Rousseau doit aujourd'hui se retourner dans sa tombe en observant le désintérêt réciproque des "élus" européens et des citoyens. La fameuse Volonté Générale, fondement essentiel du contrat social rousseauiste, a été réduite à peau de chagrin. Il n'y a guère plus de processus d'éveil ou de sensibilisation des consciences citoyennes. Pire, l'âge d'or des Lumières a été baffoué par le règne de la communication aliénante qui, en ce début de XXIème siècle, porte le culte du bien-être individuel comme valeur morale prédominante, usant de la rhétorique de la séduction et abusant de discours endormissants.

Comment réaliser le potentiel d'union que représentetait une Europe plus ambitieuse; moins fonctionnelle peut-être, mais plus liante ?

Selon moi, les éléments de réponse se trouvent dans l'Europe de la défense. Non la "défense" au sens béligérent du terme, mais la "défense" comme projet de convergence des sociétés.